Normes et pratiques du religieux entre Orient et Occident (IXe-XIXe siècles). Une histoire croisée* des circulations entre les communautés chrétiennes d’Europe et de Méditerranée

Programme | EFA, EFR

Normes

Comment se construisent, sur le temps long, les cadres normatifs des populations chrétiennes de l’espace européen et méditerranéen ?

Notre enquête examinera dans une perspective croisée les rapports entre les traditions « latine », « grecque » et « orientales », souvent renégociés à travers des ajustements complexes des pratiques et sous l’influence de pouvoirs politiques – catholiques, orthodoxes, protestants ou islamiques – concurrents.

L’objectif sera de saisir les circulations entre les différents modèles qui ont (re)façonné à différentes échelles les frontières des communautés par les phénomènes de concurrence, de rejet ou de mimétisme. Le programme développera cette problématique en examinant quatre thèmes principaux : les espaces sacrés, l’empreinte des sacrements dans les régulations sociales, les appartenances communautaires et les constructions politiques et, enfin, la définition et les usages de l’archive.

L’historiographie des relations entre les Églises d’Orient et d’Occident a longtemps été marquée par la prégnance des questions ecclésiologiques réinterprétées à l’aune de préoccupations politiques et nationales. Cette focalisation s’explique de deux manières : d’abord par l’immixtion du contexte contemporain aux auteurs dans leurs perceptions des échanges intercommunautaires et interconfessionnels passés, puis par la nature même de la documentation disponible. Celle-ci révèle un déséquilibre notoire, exacerbé pour la période médiévale, entre les sources disponibles pour les Églises d’Orient et celles d’Occident et accorde une place prédominante aux actes conciliaires, à la correspondance diplomatique et aux sources narratives.

Le projet propose ainsi de réfléchir à la notion même de norme ecclésiastique, entre pratique et modèle : quels sont les processus suivis dans l’énonciation d’une norme et qu’en est-il de son pouvoir performatif par rapport aux pratiques quotidiennes de l’Église ? La pertinence de cette interrogation ne se révèle pleinement que sur la longue durée qui dépasse largement les barrières entre les époques médiévale, moderne ou contemporaine et les démarcations entre les spécialistes de l’Orient ou de l’Occident, les théologiens ou les historiens. Seule une approche comparatiste entre périodes et entre territoires, à l’intérieur de contextes politiques variés, permet de saisir véritablement des phénomènes qui sont loin d’être linéaires. Comment les relations entre pouvoirs souverains, Églises et communautés influencent-elles la définition des pratiques et de l’identité propre de ces dernières ? La variété des cadres légaux, singulièrement de la dhimma, recoupant elle-même une diversité de situations, ajoute à la labilité de l’identité collective de chaque Église et de chaque communauté, reformulée dans une tension permanente entre autodéfinition et reconnaissance par les autorités, légitimité historique et opportunité sociale. Pour cela, chacun des trois pôles institutionnels du programme éclaire différemment la production normative : Jérusalem par la compétition exacerbée des différentes communautés chrétiennes sous souveraineté islamique ; Rome par ses constantes interactions avec l’ensemble de la chrétienté, et Athènes à travers la prégnance de l’héritage byzantin comme repère accepté ou combattu dans l’ensemble des traditions chrétiennes de rite oriental.

Pour en savoir plus : normesrel.hypotheses.org


Calendrier du projet :

Calendrier 2017


Responsables du projet :

Camille Rouxpetel, membre de l’EFR (troisième année), section Moyen Âge et Docteur en études médiévales, Université Paris IV-Sorbonne

Laurent Tatarenko, docteur en histoire moderne (CERCEC)

Partenaires du projet :

Domaine(s) : Religion, Histoire