Paysages sonores et espaces urbains de la Méditerranée ancienne

Programme | EFA, EFR, IFAO

Paysages sonores et espaces urbains de la Méditerranée ancienne

L’historiographie du monde musical antique est fragmentée. La compréhension est parfois difficile entre musicologues, archéologues, archéo-musicologues et historiens des sociétés anciennes, spécialistes que leurs connaissances techniques et chronologiques séparent autant qu’elles les rassemblent. Un colloque récent consacré au Statut du musicien dans la Méditerranée ancienne : Égypte, Mésopotamie, Grèce, Rome (2008 IFAO / univ. Lyon 2), a cependant montré l’intérêt d’un dialogue entre les différents spécialistes, ainsi que d’une perspective diachronique ample. Pour autant, beaucoup de travail reste à faire : l’ambition de ce programme est de prolonger le dialogue amorcé il y a quelques années, en envisageant la musique et ses implications politiques, religieuses et socio-économiques dans les sociétés anciennes du pourtour méditerranéen. Une prestation musicale ne naît pas uniquement au moment de sa performance. Elle s’inscrit dans une chaîne plus ou moins longue d’acteurs et de pratiques, de la fabrication des instruments de musique à leur usage en public ou dans la sphère privée. Un travail comparatiste entre les différentes civilisations peut ainsi être mené s’il s’appuie sur des thèmes de réflexion communs, tels que « Musique et pouvoir », « Artisanat et musique », « Musique et liturgie »,« Dépôts votifs et funéraires en rapport des instruments », etc. La pertinence de débuter un tel programme dans une perspective méditerranéenne est particulièrement forte car trois des Établissements français à l’étranger disposent depuis peu dans leur personnel scientifique de chercheurs unis par leur intérêt pour la musique et les musiciens : Sibylle Emerit (IFAO), Sylvain Perrot (EFA) et Alexandre Vincent (EFR).

Le programme propose d’étudier les éléments constitutifs du paysage sonore dans les espaces urbains de la Méditerranée ancienne. Quels sont les lieux qui témoignent de la pratique musicale ? Qu’est-ce que cette topographie peut nous apprendre sur les usages de la musique ? En effet, les sources sur les musiques de l’Antiquité (vestiges archéologiques des instruments de musique, sources iconographiques et épigraphiques) renvoient également à une réalité sociale, celle des musiciens, des artisans et des auditeurs : peut-on localiser l’existence de quartiers de musiciens ? De facteurs d’instruments ?
Comment et où se réalisait la transmission de la connaissance musicale ? Où avaient lieu les prestations musicales, particulièrement hors des espaces convenus (théâtre, cirque…) ? Dans ces conditions, qu’est ce
qui différenciait la musique d’un bruit quelconque ? En d’autres termes, quand le son se transformait-il en musique, selon les contemporains ? L’espace dans lequel s’insère la performance aide-t-il à une prise de conscience de la musicalité des sons ? L’objectif de la réflexion d’ensemble est de dépasser l’approche organologique en réfléchissant sur l’usage différencié des instruments selon les lieux et les contextes.

Plusieurs types d’actions sont envisagés dans le cadre de ce programme pour permettre une collaboration entre des chercheurs de différentes disciplines :
→ des échanges lors de trois journées d’études organisées chacune par l’une des 3 EFE partenaires ;
→ des missions sur le terrain ou dans les musées pour étudier une documentation inédite (travail sur les realia, épigraphie, iconographie) ;
→ la constitution d’outils communs pour la recherche.

Il s’agit notamment d’une extension aux mondes grecs et romains de la base de données sur la musique égyptienne ancienne développée depuis 2008 à l’IFAO. Cette base comporte à la fois un versant bibliographique, qui sera très prochainement mis en ligne, et une compilation des sources archéologiques, textuelles et iconographiques. Deux documents liés à la base sont dédiés à l’exploitation des données fournies par la documentation. L’un facilite l’élaboration d’un dictionnaire sur l’ensemble des termes qui appartiennent au champ sémantique de la musique. L’autre autorise la constitution d’un corpus prosopographique.

On organisera également une exposition consacrée à la musique dans l’Antiquité et un colloque international. En tant que médiatrice scientifique de l’IFAO, S. Emerit est en contact avec G. Andreu- Lanoë, conservatrice des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre, qui s’est déclarée très intéressée et prête à aider à monter cette exposition au Louvre ou au Grand Palais. Un partenariat est prévu avec le British Museum et/ou le Metropolitan Museum of Art.
Le sujet du colloque sera déterminé en fonction des thèmes de l’exposition (par exemple « L’image du musicien dans les sociétés antiques» ou « L’archéologie musicale du 19e siècle à nos jours : bilan, enjeux, méthodes et perspectives »).


Calendrier du projet :

Une première table ronde internationale, intitulée La notion de paysage sonore: bilan historiographique et perspectives pour l’étude des civilisations antiques a été organisée à l’École française de Rome le 7 janvier 2013.

Une deuxième table ronde internationale, intitulée «De la cacophonie à la musique: la perception du son dans les sociétés anciennes» s'est tenue du 12 au 14 juin 2014 à l’École française d'Athènes.

La troisième table ronde internationale, intitulée La fabrique du sonore : artisanat des instruments de musique de l’Antiquité s’est tenue à Paris du 14 au 16 janvier 2016.


Responsables du projet :
Partenaires du projet :
  • Institut Français d'Archéologie Orientale (IFAO)
  • École Française d’Athènes (EFA)
  • École Française de Rome (EFR)
  • Deutsche Archäologische Institut (DAI)
  • Musée du Louvre
  • Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF)
  • Institut de recherche et coordination acoustique/musique (IRCAM)

Principaux collaborateurs: Séverine Gabry-Thienpont (ethnomusicologue, IFAO); Anita Quilès (archéomètre, IFAO); Basma Zerouali (ethnomusicologue, EFA); Christophe Vendries (histoire romaine, univ. Rennes 2 / EFR); Nele Ziegler (assyriologue, CNRS UMR 7192); Ariane Thomas (assyriologue, musée du Louvre); Violaine Jeammet (helléniste, musée du Louvre); Hélène Guichard (égyptologue, musée du Louvre); Daniel Polz (archéologue, DAIK); Ricardo Eichmann (archéologue, DAI – Orient Abteilung); Benoît Mille (archéomètre, C2RMF); René Caussé (acousticien, IRCAM).


Domaine(s) : Musicologie, Archéologie