Des espaces et des rites : pour une archéologie du culte dans les sanctuaires du monde méditerranéen

Programme | EFA, EFR

Des espaces et des rites : pour une archéologie du culte dans les sanctuaires du monde méditerranéen

Ce programme propose un cadre et des opportunités d’échanges autour de réflexions récurrentes rencontrées par les diverses équipes qui travaillent sur les contextes rituels (lieux de culte et nécropoles) dans les mondes grec et romain. Les lieux de culte étudiés par les Écoles françaises d’Athènes et de Rome serviront de références et les deux Établissements seront associés dans l’organisation du programme. Le caractère nouveau de l’approche tient aux considérables progrès de l’archéologie récente, sous l’impulsion notamment des chantiers préventifs nationaux, qui permet de travailler sur des dossiers beaucoup plus complets, beaucoup plus riches en informations et mieux cernés chronologiquement. L’archéologie des sanctuaires est passée d’un discours centré sur la trilogie architecture/statuaire/inscriptions à un discours multiforme sur les activités rituelles et les cérémonies, l’examen des espaces et des équipements qui composent le lieu de culte, les liens qu’entretient un lieu de culte avec son environnement bâti, rural, communautaire, l’évolution subtile dans le temps d’un espace sacré en relation, bien souvent, avec les transformations de la communauté gestionnaire du sanctuaire. Dans ce renouvellement des problématiques et des méthodologies liées aux sanctuaires antiques, les sites méditerranéens ont généralement deux atouts : la bonne conservation des vestiges (qui facilite leur lecture) et l’appui de la documentation textuelle (qui facilite le questionnement et l’interprétation).

Il manque encore toutefois une tentative d’approche globale sur le sujet et la méthode. Plusieurs programmes sont consacrés depuis près d’une décennie, tant en France qu’au niveau international, à diverses problématiques liées à l’archéologie du culte, mais les deux Établissements, en réunissant leurs efforts, peuvent prendre le relais pour jouer un rôle de vecteur, en dépassant les simples réflexions par la création d’un réseau de savoir-faire et de compétences dans l’archéologie des cultes antiques. Il s’agit désormais, pour que naisse une véritable discipline de l’archéologie du culte (au même titre que l’archéologie funéraire par exemple) de croiser les informations et les expériences issues des différents chantiers sur des thématiques communes centrées sur les champs nouveaux ou renouvelés de l’organisation des espaces, des rituels et des pratiques, de la fondation des lieux de culte et de leur évolution dans le temps. Toutefois, si l’archéologie offre l’opportunité de réévaluer notre connaissance des religions antiques, il s’agira pour chaque dossier étudié de fondre la méthode archéologique dans une analyse historique globale sur les cultes et l’organisation des communautés antiques. Le programme concerne tout autant les archéologues que les historiens des sociétés méditerranéennes.

Des supports d’échanges divers (réunions de travail, tables rondes, colloques) fourniront l’occasion de discussions sur des questions fondamentales parce qu’elles touchent le difficile dialogue entre archéologie et histoire. Par exemple : comment étudier un lieu de culte antique ? de quelle façon l’archéologie amène-t-elle à réévaluer notre connaissance des cultes et de leur organisation ? Comment articuler l’étude architecturale ou stratigraphique d’un édifice religieux avec un discours historique sur le polythéisme visant généralement à restituer les modalités d’un langage extrêmement varié et complexe instauré entre les communautés antiques et leurs dieux ? Qu’apporte un examen stratigraphique rigoureux de l’environnement urbain ou rural d’un temple à la compréhension du lieu de culte ?

L’enquête privilégiera en outre une approche pluridisciplinaire de l’ensemble des données disponibles dans les lieux de culte, l’objectif étant de bâtir des cadres interprétatifs cohérents sur les cultes, les sanctuaires et la vie qui les animait. On raisonnera sur la construction élaborée des cultes, l’identité complexe des dieux et l’évolution du paysage religieux à partir de l’ensemble des données désormais livrées par un espace sacré (vestiges architecturaux, équipements, mobiliers, ossements animaux, carpo­restes, etc.) et en faisant appel à toutes les disciplines impliquées directement dans les études archéologiques, céramologie, anthropologie, archéozoologie, anthropologie, paléopathologie, carpologie, anthracologie, palynologie, etc.) et celles des autres disciplines de l’Antiquité (épigraphie, histoire des religions, iconologie, etc.).

Le programme prévoit une série de rencontres organisées dans les 4 EFE partenaires. Les thèmes seront choisis en fonction des questionnements nouveaux posés par les divers chantiers opérant dans le cadre des programmes des Écoles. Pourraient ainsi être retenus les sujets suivants : 1) « Côtoyer les dieux : l’organisation des espaces dans les sanctuaires », 2) « Fondation et consécration des sanctuaires : informations textuelles, réalités archéologiques », 3) « Mutation des sociétés, reformulation des espaces sacrés : les conséquences de la conquête romaine sur l’évolution des lieux de culte (Italie, provinces occidentales et orientales)». D’autres thèmes pourront être retenus en fonction des problématiques développées par les différentes Écoles. Ces rencontres qui présenteront et articuleront un grand nombre d’études de cas seront prolongées par des manifestations organisées en France, notamment au Collège de France (J. Scheid) et à l’université de Lille 3 (S. Huber, W. Van Andringa).

 

Le programme prévoit enfin une formation doctorale sur les sites archéologiques et dans les locaux des Écoles. La nouveauté des méthodes développées comme la spécificité et l’originalité du polythéisme antique rendent souhaitable l’organisation de formations doctorales. Les sessions seront animées directement sur les sites ainsi que dans les locaux des institutions. Il s’agira, en s’appuyant sur des cas concrets, de former aux approches archéologiques d’un lieu de culte non seulement les doctorants, mais également des professionnels de l’archéologie en formation continue. Ces formations seront donc tout aussi utiles aux professionnels de l’archéologie qui méconnaissent le plus souvent le fonctionnement des religions antiques.


Calendrier du projet :

o Séminaires à l’EFA (2013) ;

o séminaires à l’EFR (2014) ;

o colloque à l'EFA (2016).


Responsables du projet :

William Van Andringa (Université de Lille 3), Sandrine Huber (École française d’Athènes).

Partenaires du projet :

École française d’Athènes, École française de Rome, Institut français d’archéologie orientale, Casa de Velasquez, Collège de France, Centre Camille Jullian d’Aix-en-Provence, Fondation pour le LIMCThesCRA (Bâle), IRAA, instituts archéologiques étrangers à Athènes, Rome, Le Caire et Madrid,services archéologiques des pays d’accueil.


Domaine(s) : Religion, Archéologie