Penser les archives de l’archéologie au Maghreb : Enjeux patrimoniaux, scientifiques et politiques

Penser les archives de l’archéologie au Maghreb : Enjeux patrimoniaux, scientifiques et politiques

Penser les archives de l’archéologie au Maghreb

Lieu et date de l'événement :

Archives Nationales de Tunisie
122 Boulevard du 9 Avril 1938, 1030 Tunis

Du à 12h
au

Tout chercheur en sciences humaines et sociales est à la fois consommateur et producteur d’archives. Si cette consommation a toujours été considérée comme quasi constitutive de son identité savante, le fait qu’il produise lui-même des archives est longtemps resté un impensé avant de devenir un véritable objet de recherche ainsi qu’un sujet de débat, significativement renouvelé par les bouleversements liés au développement du numérique et à la dématérialisation des données. La question des archives de la recherche en sciences humaines et sociales est donc aujourd’hui au cœur de réflexions, mais aussi d’actions qui mettent en relation droit, patrimoine et savoirs.

Les archives de l’archéologie occupent, dans cette affaire, une place particulière : de tous les chercheurs en sciences de l’homme, l’archéologue est sans conteste celui qui laisse le plus de traces de son activité et cette tendance connaît même une croissance exponentielle du fait de l’évolution des pratiques savantes comme des exigences nouvelles de la profession. En pensant la construction de ses futures archives, la communauté archéologique est conduite à reconsidérer, corollairement, les fonds constitués par le passé. Parce qu’elles sont à la fois matériaux pour des enquêtes scientifiques et collections patrimoniales, les archives de l’archéologie attisent les convoitises des chercheurs, des institutions et parfois des États.

De par ses spécificités, le Maghreb s’affirme comme un terrain des plus stimulants pour interroger les différents enjeux liés aux vestiges de l’archéologie qu’incarnent ses archives : le nombre, la variété et l’exceptionnalité des traces matérielles de civilisations disparues présentes en Algérie, en Tunisie et au Maroc font que l’archéologie s’y est pratiquée et continue de s’y pratiquer intensément dans des contextes tour à tour coloniaux, nationaux et de coopération multilatérale. Les traces de cette activité forment un tout monumental qui n’existe cependant pas en tant que tel : certaines sont perdues, oubliées, détruites ; celles qui constituent des fonds d’archives sont plus ou moins ordonnées et accessibles, fragmentaires et dispersées, disputées parfois.

L’objectif de cette École thématique est triple. On entend d’abord interroger ce que sont les archives de l’archéologie au Maghreb en étant attentifs à l’histoire de ces collections, à la variabilité des fonds comme à leur composition – on y trouve des documents hétéroclites allant du carnet de fouille, aux dessins et aux photographies, en passant par de la correspondance officielle et privée –, à leurs conditions de conservation et d’accessibilité, à leur statut juridique et à leur diffusion. On entend aussi examiner ce que peuvent ces archives en termes scientifiques : pour les spécialistes des sciences du passé lointain, fussent-ils préhistoriens, protohistoriens, antiquisants, médiévistes ou modernistes mais aussi pour les spécialistes du contemporain, fussent-ils historiens, anthropologues des sciences et des savoirs ou politistes. Cette École thématique envisagera enfin ce que représentent ces archives par l’analyse des enjeux politiques qu’elles cristallisent : nombre d’entre elles ont été constituées pendant la période coloniale et ont souvent, dans des conditions discutables, traversé la Méditerranée pour former des fonds européens ; dans le même ordre d’idées, les données issues de fouilles internationales ou bilatérales réalisées sur des sites maghrébins n’ont pas toujours fait l’objet de conventions de conservation conjointe. Il y a là des questions délicates et complexes qui touchent à la légitimité des dépositaires, à la propriété intellectuelle, à la déontologie, à l’asymétrie face à des corpus documentaires, qui méritent d’être débattues.

Date limite d’inscription : vendredi 17 janvier 2020
Accéder au formulaire en ligne

Organisateurs :

Coord. : Clémentine GUTRON (CNRS, Centre Alexandre Koyré UMR 8560) et Meriem SEBAÏ (UMR 8210-ANHIMA, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)